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Rencontre avec le réalisateur Christian Blanchet

Vendredi 29 novembre

dans le cadre du Mois du Documentaire

En présence de Jacques Kermabon, critique de cinéma et écrivain

auteur de "''Madame de...'' de Max Ophuls"

et de Pierre Gabaston, critique, rédacteur à la revue "Trafic"

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20h30 : projection de "J'ai pas changé de bord"

de Christian Blanchet, France, 2014, 1h40, Documentaire

De 2007 à 2012, Christian Blanchet, filme Avranches, une ville de 8000 habitants, sous-préfecture de la Manche. Son objectif ? Montrer ce que l’on appelle "les années Sarkozy". Ce documentaire animateur de mémoire collective pose son regard sur les citoyens de cette ville de la région de Basse-Normandie. Est-ce qu’aujourd’hui, on croit toujours à la politique ? Telle est la question que se pose et pose le réalisateur lors des élections présidentielles.

22h : projection des premières images de son film "Le Temps retrouvé" (36min)

Le temps retrouvé, en cours de tournage, fera suite à deux autres longs métrages : Après l’invitation, produit en 1999, et J’ai pas changé de bord, sorti en salles en 2014. Ces films gravitent autour d’un même lieu, Avranches, région Normandie, où j’ai passé mon adolescence avant de partir à la toute fin des années 70 pour Paris - pour le cinéma. Achevée, cette saga documentaire constituera, de fait, une « trilogie » que j’appelle (pompeusement) La Trilogie Avranchinaise.

Avec Après l’invitation, j’avais retrouvé mes anciens amis de lycée. Nous avions franchi la quarantaine et notre « devenir adulte » n’avait pas été une mince affaire. Une dizaine d’années plus tard, au temps de J’ai pas changé de bord, nous étions durement travaillés par l’ère Sarkozy - nous qui adolescents attendions sans trembler le Grand Soir.

Chacun de ces trois films voit apparaître des têtes nouvelles, d’autres s’en retirent. Mais les personnages principaux sont « là ». Fidèles du début, en 1995, à la fin, en 2020, les amis du lycée, certains membres de ma famille, moi, sommes le noyau dur de la Trilogie... Ainsi, avec le temps, il se sera constitué trois récits générationnels en ce que chacun d’eux est une étape dans la vie de ses protagonistes. Les quadras de Après l’invitation deviennent quinquas avec J’ai pas changé de bord, lesquels portent allègrement la soixantaine (voire plus) avec Le temps retrouvé.

La trilogie avranchinaise, achevée, aura donc réuni une collection de trois états intimes et sociologiques, trois arrêts sur image de cette génération qui a eu vingt ans au milieu des années soixante-dix et dont on disait qu’elle était « politisée ».

Le temps retrouvé commence, lui, en 2017. Les amis et moi sommes pour la plupart retraités. Nous retrouvons Avranches, « notre ville », qui a changé, en bien - elle a su en 2014 élire un maire grâce aux voix progressistes jusqu’alors minoritaires et celui-ci vient d’annoncer son intention de briguer un second mandat. Je filme nos souvenirs, les lumières normandes, le temps qui ne se rattrape guère (mais que seul le cinéma peut retenir). Je filme le présent, la politique au travail. Elle aussi a changé, à Avranches comme ailleurs.

La politique était verbe, résolument déterritorialisée, quand aujourd’hui l’associatif tiendrait le haut du pavé. Gestionnaires, les acteurs politiques de maintenant, autrement moins mélancoliques que leurs aînés verbeux, semblent vouloir aborder avec modestie « les problèmes de la cité ».

La Trilogie s’ouvrait, en 1995, par un raout organisé par mes amis du lycée pour nos quarante-ans, à la salle des fêtes de Saint-Jean-de-la-Haize. Jolie coïncidence (qu’à l’époque je n’avais pas su relever) : c’est précisément dans ce village qui touche Avranches, que l’héroïne de Proust, Albertine, « trouvait plus sage de rester pour peindre ». Il n’en fallait pas plus pour que j’emprunte à l’auteur de La recherche du temps perdu l’intitulé de l’un ses livres. Pour « retrouver le temps », car telle est en définitive l’ambition de la Trilogie, je retourne à la salle des fêtes de Saint-Jean-de-la-Haize.  Déserte cette fois.